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Roux au bouillon de volaille : technique, proportions et sauces dérivées

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Roux au bouillon de volaille : technique, proportions et sauces dérivées

Le roux au bouillon de volaille constitue la base du velouté, l’une des cinq sauces mères de la cuisine classique française. Ce mélange de beurre et de farine, mouillé avec un fond de volaille, produit une liaison onctueuse qui sert de point de départ à des dizaines de sauces dérivées, dont la sauce suprême et la sauce allemande.

Les trois types de roux en cuisine

Un roux se compose de beurre et de farine en quantités égales, cuits ensemble pendant une durée variable. C’est cette durée qui détermine la couleur, la saveur et le pouvoir liant du roux final.

Roux blanc

Le roux blanc cuit 2 à 3 minutes à feu doux. La farine ne prend aucune coloration. Il sert de base aux béchamels et aux veloutés clairs. Le fond blanc de volaille s’associe parfaitement à ce type de roux pour un velouté délicat.

Roux blond

Le roux blond nécessite 5 à 7 minutes. La farine prend une teinte dorée et développe un léger parfum de noisette. C’est le roux de référence pour les veloutés de volaille et la sauce suprême, selon Auguste Escoffier dans Le Guide Culinaire (1903).

Roux brun

Le roux brun cuit 8 à 12 minutes jusqu’à une couleur noisette foncée. Il accompagne les fonds bruns de volaille et entre dans la composition des sauces brunes. Attention : plus un roux cuit longtemps, plus il perd en pouvoir épaississant. La chaleur dégrade progressivement les chaînes d’amidon, ce qui oblige à augmenter les quantités de farine d’environ 20 % par rapport à un roux blanc.

Réaliser un roux au bouillon de volaille étape par étape

La méthode repose sur un enchaînement précis. Un écart de température ou un ajout trop rapide de liquide suffit à produire des grumeaux.

ÉtapeActionDurée
1Faire fondre 80 g de beurre à feu moyen dans une casserole à fond épais1 à 2 min
2Ajouter 75 g de farine T55, mélanger à la spatule en bois30 sec
3Cuire le roux sans cesser de remuer (blanc : 2 min, blond : 5 min)2 à 7 min
4Retirer du feu, laisser tiédir 1 minute1 min
5Verser le bouillon de volaille chaud (70-80 °C) en trois fois, fouetter entre chaque ajout3 à 5 min
6Remettre à feu moyen, porter à frémissement (85-90 °C) en remuant5 à 8 min

Résultat ? Une sauce nappante, lisse et brillante. L’amidon de la farine se gélatinise à partir de 60 °C : les granules absorbent le liquide et gonflent jusqu’à 30 fois leur volume initial, ce qui épaissit la sauce progressivement.

La règle d’or pour éviter les grumeaux : le roux et le liquide doivent être à des températures différentes. Un roux chaud reçoit un liquide froid. Un roux tiède reçoit un liquide chaud. Ce contraste thermique empêche l’amidon de s’agglomérer.

Proportions selon la consistance souhaitée

Les quantités de beurre et de farine varient en fonction de l’épaisseur recherchée. Le tableau ci-dessous détaille les ratios pour 1 litre de bouillon de volaille.

ConsistanceBeurreFarineUsage type
Sauce légère (potage, crème)50 g50 gVelouté léger, potage crémé
Sauce nappante (velouté classique)80 g75 gVelouté de volaille, sauce suprême
Sauce épaisse (garniture, gratin)120 g100 gAppareil à soufflé, sauce Mornay

Le ratio de base est un tant-pour-tant : poids de beurre égal au poids de farine. Les proportions de 80 g de beurre et 75 g de farine par litre proviennent des standards du CAP Cuisine. Ajoutez 10 g de beurre supplémentaires si vous souhaitez une texture plus fluide et brillante.

Du velouté à la sauce suprême

Le velouté de volaille s’obtient en combinant un roux blond avec un fond blanc de volaille. La sauce suprême, sa dérivée la plus noble, y ajoute crème et cuisson de champignons.

Voici les proportions d’Escoffier pour 1 litre de sauce suprême :

  • 1 litre de velouté de volaille
  • 1 litre de fond blanc (pour réduction)
  • 1 dl de cuisson de champignons
  • 2,5 dl de crème fraîche
  • 80 g de beurre fin pour la finition

Le principe : réduire le fond et la cuisson de champignons des trois quarts. Ajouter le velouté, puis incorporer la crème par petites quantités tout en poursuivant la réduction d’un tiers. Passer à l’étamine, monter au beurre frais en vannant.

La sauce suprême sert elle-même de base à d’autres préparations. La sauce allemande y ajoute des jaunes d’œufs et du jus de citron. La sauce aurore intègre de la purée de tomates. Ces sauces dérivées illustrent la logique pyramidale de la cuisine classique : un roux, un fond, une sauce mère, des dizaines de variations.

De la béchamel au velouté : le rôle du liquide de mouillage

Le même roux blanc produit deux sauces mères distinctes selon le liquide utilisé. Mouillé au lait, il donne une béchamel. Mouillé au bouillon de volaille, il devient un velouté.

La différence va au-delà du goût. Le bouillon apporte du collagène transformé en gélatine lors de la cuisson des os (3 à 4 heures minimum à feu doux). Cette gélatine renforce la texture de la sauce et lui donne un corps que le lait seul ne produit pas. Les acides aminés du bouillon, dont 35 % de glycine dans la fraction gélatine, contribuent aussi à la profondeur de saveur.

Sur le terrain, un velouté de volaille nappe mieux qu’une béchamel à quantité de roux égale. Le fonds brun lié utilise le même principe avec un roux brun et un fond brun, pour les sauces qui accompagnent les viandes rouges et le gibier.

Rattraper un roux raté

Les problèmes les plus fréquents se corrigent en cours de préparation.

Grumeaux : passez la sauce au chinois fin ou mixez au plongeur pendant 30 secondes. Le problème vient d’un ajout trop rapide de liquide ou d’un roux et d’un liquide à la même température.

Sauce trop épaisse : ajoutez du bouillon de volaille chaud, 50 ml à la fois, en fouettant. La consistance s’ajuste rapidement sans altérer le goût.

Sauce trop liquide : poursuivez la cuisson à feu moyen en remuant. L’évaporation concentre la sauce. Comptez 5 à 10 minutes de réduction supplémentaire.

Goût farineux : la sauce n’a pas cuit assez longtemps après l’ajout du liquide. Maintenez le frémissement (85-90 °C) pendant 20 minutes minimum pour que l’amidon se gélatinise complètement et que ce goût cru disparaisse.

Alternatives au roux pour lier une sauce au bouillon

Le roux classique n’est pas la seule option pour épaissir une sauce au bouillon de volaille.

La fécule (maïzena ou fécule de pomme de terre) se délaye dans un liquide froid avant d’être versée dans le bouillon chaud. Comptez 40 g par litre. La liaison est quasi immédiate, la texture plus translucide qu’avec un roux. Limite : elle supporte mal le réchauffage prolongé et perd de sa viscosité après 30 minutes de cuisson.

Le beurre manié mélange beurre pommade et farine crus à parts égales. Incorporé en fin de cuisson par petites noix, il corrige une sauce trop liquide sans repartir de zéro.

Singer une viande offre une troisième approche : saupoudrer la farine directement sur les morceaux rissolés avant de mouiller au bouillon. Le roux se forme alors sur la viande et lie la sauce pendant la cuisson longue des ragoûts. Cette technique utilise environ 2 cuillères à soupe de farine par kilo de viande.

Chaque méthode a son usage. Le roux reste la technique la plus stable et la plus polyvalente pour les sauces classiques à base de fond de volaille.

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